Bientôt sept ans. Sept ans que mes nuits de sortie sont quasiment réservées aux lieux de plaisir.
Les frustrés, moralistes, curieux et indécis qualifient ces établissements de sordides, glauques, débauchés.
Ceux qui ont un esprit un peu plus ouvert mais qui n’ont jamais réussi à s’affranchir d’une sexualité conventionnelle les appellent les « boîtes à cul ». C’est cool de dire ça. Ça fait « in ».
En quelques mots, cela fait plus de sept ans que je fréquente les clubs libertins.

Car je suis libertine. Pas échangiste. Pas mélangiste. Ni trioliste, ni gang-bangueuse. Rien de tout ça et pourtant tout en même temps.
Je mange à tous les râteliers, au gré de mes humeurs. Un homme. Des femmes. Plein d’hommes, en même temps, ou l’un après l’autre. Parfois pendant des heures. D’autres fois, je m’insinue dans un couple hétéro. Ou homo…
Je suis libertine.
Avant, j’étais lesbienne, mais j’ai élargi mon terrain de chasse. Le terrain change. Les proies aussi. Mais pas la manière. Ni le but.
Le plaisir.

Laterale Et puis entre-temps, le porno est entré dans ma vie. Discrètement en un premier temps, comme un invité attendu mais discret. Que l’on imagine partir dans l’heure, juste pour le plaisir d’une rencontre. Mais qui finalement s’installe, prend de la place, vous captive.
Alors vous le laissez faire, car il vous a charmé, vous renvoie une nouvelle image, vous ouvre de nouveaux horizons…
Qu’il reste donc et qu’il prenne ses aises après tout ! Car je veux profiter de lui encore quelques temps.

Mais le Porno est venu accompagné. D’un concept, d’une notion vague et étrange. L’image. Très rapidement, on m’a demandé quelle image je souhaitais donner. Je ne m’étais jamais posé la question. Comme si je disposais, dans une armoire, d’une panoplie de déguisements et qu’il me suffise de piocher dedans.

J’ai éludé la question. L’image se construirait, si besoin, toute seule selon la qualité de mon travail et celle des réalisateurs. Avec la presse pour chambre de résonance. Et puis de toutes manières, voilà qui me ferait une belle jambe !

Une image qui se construirait en parallèle de mon travail, sans moi. Je l’avais complètement oubliée, cette notion.
Mais récemment, ce concept d’image m’est revenu en pleine face.

Je profitais de ma soirée dans l’un de ses établissements de perdition. À la différence que maintenant, soit par la presse spécialisée, soit par le bouche-à-oreille, je ne suis (hélas ?) plus une libertine anonyme. Bref.
J’avais déjà consommé, sans gêne (comprendre : pas fermée à clef dans une pièce) de délicieuses naïades et subi les assauts vigoureux de quelques mâles en pleine forme.

Pendant ma pause (ben si, on se dépense pendant ses moments là), paisiblement installée au bar et profitant d’une cigarette (pas bien…) et un Perrier menthe (bien…) j’entame une conversation avec un couple et un homme seul.
Libertinage, pratiques, préférences et de fil en aiguille, porno…
Et tout à coup, le commentaire qui tue :

« Mais en tant qu’actrice, tu devrais pas éviter de venir te lâcher dans les clubs libertins ? Des soirées privées à la limite, mais en club, comme ça, devant tout le monde, ça va pas être bon pour ton image… »
Tiens ! L’image... Je l’avais oubliée celle-là…
Sur le coup, j’ai juste répondu que ça n’avait rien à voir et que je me faisais plaisir.
Et aujourd’hui, le commentaire d’un certain BoToX sur mon article « 48 heures à la Tentation » déclenche tout. Et quand je réfléchis, j’écris. D’où cette petite chronique.

« Une actrice X qui s'envoie en l'air dans un club libertin ? pas très pro tout ça, où est la limite entre professionalisme et amateurisme...?Mais enfin, tu les gères bien comme tu veux... »
BoToX, le 5 Juin à 8h56, sur « 48 heures à la Tentation »

Ben oui. Une actrice X dans un club libertin. Car il existe des actrices X qui aiment le sexe, ça surprend ? Et parfois même, elles sont libertines. Alors oui, je gère cela comme je veux. Merci de me donner la bénédiction.

Cecilia vega Laterale droite J’aime le sexe. Sous presque toutes ses formes. Seule. En groupe. En avion. Sous une table. Romantique ou très hard. J’aime le sexe, je suis libertine et je fréquente donc les clubs libertins. Pas pour m’y montrer. Pour consommer. J’aime le sexe et c’est aussi pour cela que je fais du X.

Alors, au nom de quoi vais-je arrêter de me faire plaisir, en m’envoyant en l’air, quand cela me semble, avec qui bon me semble ?
Au nom de l’image ? Mais je suis actrice X bon sang ! Je ne suis ni nonne, ni leader politique ni actrice d’Hollywood.
Ou alors est-ce que toutes les actrices pornos sont obligées, une fois le tournage plié, de rentrer chez elles et retrouver leur petit copain ou copine, seule source de sexualité ? Cette image-là conforte ou fait moins peur ?
Que nombre d’actrices vivent comme ça, soit ! Cela relève de leur vie privée et elles en sont très certainement épanouies. Mais pas moi. Déjà lesbienne, je ne savais, ni ne pouvais me contenter d’une seule et même partenaire.

Qu’y a t-il de choquant à ce qu’une actrice s’amuse dans un club libertin ? C’est quoi ce concept d’image ? Que faire du X, m’oblige à me limiter à des rapports rémunérés devant l’objectif ? Parce que faire ça pour le plaisir, dans un établissement normalement fréquenté par des libertins, ce n’est pas… « Glamour » ?

Très honnêtement, quand la « performeuse », la « Teen », la « Glamour » se prennent des coups de reins (façon soft de dire les choses) dans sa minette ou dans son petit cul, que sa bouche est déformée par le(s) vit(s) qu’elle honore, quand son corps récupère la récompense en semence masculine de ses chevaliers, aussi joliment tourné que ce soit, ça reste un film porno.
Il y a même fort à parier que ceux qui regardent les films vous reconnaissent plus à la forme de votre vulve ou celle de vos seins qu’à votre regard ou à vos belles paroles. C’est du porno. Pas de la haute couture. Pas de la musique classique. Du porno.

Quoiqu’elle fasse, l’image d’une actrice X aura toujours pour centre de gravité le porno. Cela personne ne l’oublie. Sûr, cela peut donner de la notoriété pour d’autres activités, mais le centre de gravité (marqué d’un X) personne ne l’oublie.
Car vous baisez devant une caméra, pour des milliers de spectateurs anonymes.
Passez-moi l’expression.
Mais avec une bite dans le cul, il n’y a pas de « Glamour » qui tienne. Il n’y a que du sexe.
Du sexe plus ou moins beau, plus ou moins bandant, selon les goûts. Ou pas du tout, selon les morales.

Alors, pourquoi devrais-je m’abstenir de m’envoyer en l’air dans des clubs privés et pour mon plaisir puis, paradoxalement, être fière de voir mes photos de tournage, pénétrée de toutes parts, dans les magazines spécialisés vendus publiquement ?

Alors c’est sûr, on peut être actrice X et chercher à avoir une vie de couple stable et posée. Rien de mal à cela.
Mais, dès lors que les rapports ne se font pas exclusivement avec une personne choisie et par pure envie, on peut dire que faire du porno, c’est déjà avoir une sexualité non conventionnelle. Aimer le sexe est un atout non négligeable…
Prétendre le contraire relève alors de la lubie.

Cecilia Vega Laterale 3 Mais imaginons un instant que je succombe à cette notion d’image, et suivons alors la logique :
Avant le X, je vais dans les clubs, je m’éclate comme je veux, quand je veux et avec qui je veux. Ok.
Ensuite, je fais du X. Je m’éclate aussi (mais là, je ne parle que pour moi, je suis incapable de savoir si c’est le cas pour toutes les actrices). Mais là, c’est différent. Il faut être pro. Si je m’amuse, tant mieux, mais c’est pas le but. Des prestations à rendre devant l’objectif. De la comédie. Par ailleurs, je suis payée pour. C’est un boulot. Ok.
Maintenant, comme je travaille avec mon corps (si si), je m’abstiens de l’utiliser pour mon plaisir personnel et renouer avec mes pratiques ? Absurde !

Ou alors, dois-je considérer que le porno m’aurait transformé au point de ne plus avoir que des rapports que contre rémunération ? Malsain !

Ou bien, désormais actrice X, dois-je être pudique et ne plus me laisser aller en club de peur qu’on me voit sous toutes mes coutures ? Illogique !

En fait, peut-être risque-t’on de penser que j’adôôôôre le sexe. Aïe ! Zut ! Manquerait plus que ça. Une actrice X qui aime le sexe au point d’être libertine. Beurk !!!

Donc, quoi que l’on puisse me dire, porno business ou pas, je profiterai à profiter au maximum de ma sexualité. Je ne veux pas être prise de regrets quand mon fidèle compagnon sera le déambulateur. Il sera trop tard (quoi que).

Et si je deviens doublement « salope » parce que je tourne du porno et qu’en plus je me « fais sauter » en club, Alea Jacta Est. De toutes manières, après avoir été pointée du doigt étant lesbienne, traitée de fille facile étant Libertine et qualifiée d’Immorale (au choix, perverse) pour avoir tourné des films X, je ne m’attends pas vraiment à être convoquée à l’Elysée pour être décorée de la Légion d’Honneur ou au Vatican pour recevoir la rosette de l’Ordre du Christ.

Bien sûr, je comprends qu’il faille parfois jongler avec certaines pratiques pour éviter la confusion des genres.
Ainsi, si je suis payée par un club libertin pour un Spectacle Erotique disons, « poussé », je dois en toute logique me cantonner à ma prestation et ensuite me garder de partir m’amuser. Car de là à ce que ce soit assimilé à de la prostitution, il n’y a qu’un pas !

Et pourtant, c’est bien encore un paradoxe. En tant que Libertine, le sexe est pour moi une passion, un mode de vie. En tant qu’actrice, c’est un métier. Si, mon spectacle fini, je repère de superbes créatures, mâles ou femelles, je fais quoi ? Hop ! Derrière l’oreille et une bonne douche froide ?

Par contre, si j’étais guitariste de métier et par passion (généralement le cas) une fois ma prestation finie (un concert par exemple) je pourrais si cela me chante continuer à taquiner la gratte encore pendant des heures.
Mais comme je fais du porno, je ne peux pas gratter la taquine pendant des heures ? Pfff ! Frustrant. Donc incompatible avec ma personnalité.

On est libertine ou on ne l’est pas pas. Quand on choisi ce style de vie, il n’y a pas de notion d’image qui tienne. Pornobusiness ou pas, quand on est libertine, on le reste.
Alors, si mon image doit en pâtir, tant pis.
Mes souvenirs de plaisirs assouvis survivront bien plus longtemps que mon image d’actrice.
Et quand, réalité inévitable, le monde du X m’aura oubliée, je continuerai toujours à m’épanouir dans le Libertinage…

Tongue Tied
Et même si vous êtes pas d'accord
hein BoToX ?, voilà ce que j'en pense !!!